Parler du coronavirus aux enfants

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Bruges

Enfance

Les conseils d'Isabelle Bigey, psychologue de l’Éducation Nationale.

Expliquer, rassurer, structurer : comment parler du coronavirus à vos enfants ?

Le coronavirus est partout : à la télévision, dans les journaux, dans la bouche des adultes… pour les enfants, témoins de la situation inhabituelle et eux-mêmes impactés par la fermeture des écoles, le sujet peut devenir source d’angoisse. Comment les rassurer, sans leur mentir ?

Comme les adultes, ils entendaient parler du coronavirus depuis plusieurs semaines. Depuis jeudi soir, l’épidémie s’est concrétisée pour eux par la fermeture de leur école pour plusieurs semaines. Comment répondre aux questions des enfants, parfois très jeunes, sur la situation actuelle, sans les inquiéter inutilement ? Voici quelques pistes… 

Eviter deux principales erreurs

La psychanalyste Claude Almos met en garde les parents qui, en voulant bien faire, risqueraient de commettre deux erreurs : soit minimiser la gravité de la situation ("ce n’est rien du tout !") en voulant rassurer, car l’enfant aura le sentiment qu’on lui cache des choses, ce qui provoquera davantage d’anxiété, soit lui dresser un tableau trop anxiogène de la situation ("ne fais pas ça, ni ça, le virus est partout !") en voulant le mettre en garde, car l’enfant risquera d’être submergé par l’angoisse.

Jauger leur état d’anxiété Le bon moyen de jauger l’état d’esprit de son enfant par rapport à la situation est de le laisser s’exprimer et poser des questions, sans les anticiper. L’idéal est de l’interroger lorsqu’il aborde le sujet : 

"Par exemple, si un enfant de 7 ou 8 ans vous demande si le virus est dangereux, vous pouvez commencer par lui retourner la question : pense-t-il, lui, que c’est un virus dangereux ? Qu’est-ce qui lui fait dire cela ? Cela permettra de mieux adapter la réponse."

Expliquer clairement les choses Nommer le problème, c’est aussi le démystifier. Parler du coronavirus, c’est d’abord : 

– expliquer ce qu’il est (une toute petite particule, invisible à l’oeil nu, qui se colle aux objets et aux gens et peut se multiplier très vite)
– expliquer ce qu’il peut faire (rendre malades certaines personnes quand il se regroupe en trop grande quantité dans leur corps)
– expliquer ce qu’il ne peut pas faire (rendre malade ou tuer tout le monde, rester pour toujours collé quelque part, s’attaquer aux animaux…)

mais aussi :

– pourquoi il inquiète les adultes (parce que quand beaucoup de gens sont malades d’un coup, la société fonctionne moins bien et les médecins et infirmières ont trop de travail dans les hôpitaux, mais aussi parce que certaines personnes, âgées ou déjà malades de quelques chose d’autre, peuvent parfois devenir très malades à cause du coronavirus, voire mourir)
– pourquoi il faut se protéger (parce que plus vite on aura trouvé des solutions pour empêcher le virus de se transmettre à de nouvelles personnes, plus vite il disparaîtra et plus vite on reprendra une vie normale)

Pensez, bien sûr, à adapter le niveau de votre discours en fonction de l’âge de votre enfant, comme vous le feriez pour parler d’autres sujets (la mort, la sexualité…), en entrant plus ou moins dans les détails selon sa capacité de compréhension.

Encadrer leur accès aux médias Dans la mesure du possible, les enfants de moins de six ans devraient être tenus éloignés des écrans de télévision à l’heure des journaux télévisés. Avant le CP, les enfants sont trop jeunes pour intégrer le contenu des informations diffusées et ne disposent pas forcément d’assez d’outils de langage pour exprimer ce qu’ils éprouvent. 

Entre six et douze ans, les psychologues  conseillent, si la télévision est allumée pendant le JT de ne pas laisser les enfants seuls devant l’écran mais de regarder avec eux et de discuter de ce qu’ils viennent de voir. Bannir les actualités serait en revanche contre-productif, l’interdit risquant d’exercer un pouvoir d’attraction, les poussant à s’informer en catimini.

Au-delà de 12 ans, l’essentiel est de pouvoir discuter librement avec ses enfants de ce qu’ils ont pu voir ou entendre sur les différents médias, et de s’intéresser à ce qu’ils ressentent.

Les rassurer Les jeunes sont des éponges à émotions : ce qui les inquiète souvent, ce sont les émotions qu’ils perçoivent chez les plus grands et notamment chez leurs parents. Les adultes doivent donc essayer autant que faire se peut de filtrer leur propre anxiété, de ne pas la communiquer en présence de leurs enfants, ou de se faire accompagner pas un psychologue pour décharger ces émotions si elles sont trop présentes, trop fortes.

"Les enfants doivent rester des enfants", indique Jean Pellegrin, psychologue. Selon lui, il faut "insister sur les structures réelles de protection", et ré-énoncer des réalités qui peuvent nous paraître simples mais qui à hauteur d’enfant sont de véritables bouées de sauvetage, telles que : "les adultes sont responsables, nous allons nous occuper de toi, nous protéger et te protéger", ou encore "nous avons de bons hôpitaux, de bons médecins, qui vont tout faire pour protéger et guérir les malades". 

Leur montrer les bonnes pratiques, les inviter à agir Face à une menace, c’est aussi le sentiment d’impuissance qui peut mener à l’anxiété. Agir permet de se sentir investi, actif dans une "bataille" qui peut être transformée en jeu. Aussi, n’hésitez pas à dresser avec vos enfants toute la liste "d’armes" dont vous disposez pour être plus forts que le virus :

– se laver les mains (et pourquoi pas en chanson, pour bien frotter pendant au moins 30 secondes ?)
– manger équilibré (composer des assiettes colorées et pleines de vitamines)

Pourquoi pas, non plus, profiter du temps à la maison pour apprendre et créer ? Enregistrer une petite vidéo ou un message pour les grands parents ou les copains d’école, acheter des petits livres pour comprendre le corps humain…

Et puis, ce n’est pas parce que la situation est inhabituelle et que nous connaissons des restrictions qu’il faut oublier de vivre ! Être chez soi, c’est aussi profiter de temps qu’on n’avait pas forcément avant. Prenez du temps avec vos enfants pour instaurer de nouvelles routines et de nouveaux repères : jouer, raconter des histoires, faire de la cuisine, inventer des activités… "La valorisation de la vie et de l’énergie sont des éléments essentiels" indique Jean Pellegrin.

Leur dire que c’est temporaire Enfin, il est important de jauger l’échelle du temps à hauteur d’enfant. Plusieurs semaines sans école, quand on a six ou sept ans, c’est la vie qui prend un tournant inattendu, ça paraît durer toujours… Expliquer que ces mesures sont temporaires, leur donner une finalité (même si l’on ne connaît pas encore le calendrier exact).

N’hésitez pas non plus à justifier l’évolution des mesures : si les adultes ont décidé d’interdire beaucoup de choses d’un coup, c’est pour arrêter plus vite le virus et pour que tout le monde puisse reprendre une vie normale le plus rapidement possible.

Pour compléter et répondre aux demandes éventuelles de parents, ma messagerie reste ouverte au 04 79 56 67 46. Laissez votre message et vos coordonnées téléphoniques pour que je puisse vous recontacter.

Bien cordialement.

Mme Isabelle Bigey, psychologue de l’éducation nationale